Collaborer avec l’information professionnelle : ce que nos intervenants nous ont dit.

Collaborer avec l’information professionnelle : ce que nos intervenants nous ont dit.

Le 21 septembre, nous avons accueilli Léa Lejeune, Pierre-Yves Platini et Carolina Tomaz. Nous avons échangé, lors de cette table ronde, autour de la collaboration avec les médias professionnels.

 

Faire la veille et l’information

Nous avons abordé avec eux la problématique de la veille : comment la fait-on et comment la transforme-t-on en information ?  Tous les trois se sont accordés sur plusieurs points importants. L’utilisation d’outils comme Twitter ou Google alert, s’appuyant sur des bonnes pratiques est centrale dans ce métier. Parmi ces bonnes pratiques, suivre les influenceurs reconnus, trier les informations par sources fiables (il peut s’agir de grands médias, de sites institutionnels) et même capter les signaux faibles envoyés par son réseau d’informateurs forment une méthode indispensable pour effectuer une veille efficace. Il est impératif pour cela de suivre les bons influenceurs, croiser les sources de l’information à partir d’archives et d’effectuer un suivi par secteur d’information afin d’être le plus sûr possible de ses sources. Ainsi, la veille est extrêmement importante et doit faire l’objet d’une pratique quotidienne et méthodique :

 

“[…]  la veille est comme un muscle, il est nécessaire de l’entretenir […]” Carolina Tomaz.

 

Lorsque les sources sont sûres et que l’information est intéressante, comment en fait-on un article ? Pierre-Yves Platini nous indique comment faire en quelques points  : il faut travailler en suivant la ligne éditoriale du journal, apporter l’information qui vous différencie, que les clients n’ont pas, se demander s’il est possible d’aller plus loin dans le traitement de l’information, se demander si elle est utilisable par un professionnel. PY Platini nous indique également qu’il est toujours important de se demander pourquoi une information nous est envoyée, par qui et dans quel contexte afin pour se protéger des biais cognitif d’autrui et des motivations politiques, économiques qui y sont liées. On retiendra que faire du bon journalisme ne s’évalue pas à la quantité d’articles écrits, bien que le média internet l’ait instauré, mais à la qualité de ceux-ci.

Contacter les journalistes

La veille et l’écriture sont donc des points majeurs du journalisme. Ainsi comment collabore-t-on avec les journalistes ? Comment les contacte-t-on ?

Nos intervenants répondent à l’unanimité : les mails sont centraux et il existe des règles pour contacter un journaliste par mail. On vous invite donc ici à prendre en note cette check list, non exhaustive bien entendu :

  • assurez vous de la présence de l’information principale dans l’objet du mail
  • assurez vous que contacter tel journal avec telle information est pertinent
  • privilégiez les phrases synthétiques
  • soyez factuel
  • soyez intéressant
  • ayez une exclusivité
  • répondez aux 5W du journalisme : “Qui a fait quoi avec qui, comment, et pourquoi ?”. Si vous remplissez cette checklist, vous pouvez contacter un journaliste avec sérénité.

 

“[…] le premier contact doit être clair, concis et sans jargon […]” Léa Lejeune.

L’expertise dans le journalisme ?

Et les journalistes, après avoir traité de sujets en profondeur, avec un travail de croisement des sources, ne finissent-ils pas par devenir experts ?

Selon le psychologue Anders Ericsson, devenir un expert, dans n’importe quel domaine, demanderait 10 000 heures de travail. Léa Lejeune, Carolina Tomaz et PY Platini ont des opinions convergentes sur le sujet. Les journalistes sont généralistes par nature et possèdent une verticalité sur certains sujets. Ce qui fait d’eux des personnes proches de l’expertise est le fait qu’ils travaillent beaucoup avec des experts. PY Platini ajoute à cela que le journaliste délivre l’information et qu’il doit prendre garde à ne pas s’imaginer être un expert afin d’éviter de délivrer son opinion personnelle dans ses papiers. Enfin Léa Lejeune appuie sur le fait que, si à force de travailler sur le même sujet, un niveau proche de celui de l’expertise peut s’acquérir, le risque de perdre son objectivité existe.

 

Par ailleurs,  les journalistes ne doivent pas perdre de vue ce qui gravite autours d’eux : les blogueurs, le business model de leur rédaction car cela a un impact sur ce qu’ils doivent écrire. Concernant les blog, Léa Lejeune considère qu’il n’y a plus de blogueurs : ceux-ci sont remplacés par Twitter et ont intégré les rédactions. Ces blogueurs doivent donc être formés aux bases du métier de journaliste : vérifier les compétences clés du métier, revoir les process, retravailler les techniques de base.

 

Ensuite, l’impact du business model avec lequel ils travaillent se joue à plusieurs niveaux. Il implique de savoir par qui on est employé, comment vit la rédaction et comment fonctionne-t-elle en conséquence. Ce business model a également une importance pour le lecteur : il véhicule des idéaux, qui doivent être en accord avec le lecteur. Il faut acheter la presse papier dans laquelle on croit”  selon Léa Lejeune. Par ailleurs, lors du passage au numérique, le modèle économique en est forcément influencé. Le journal doit-il passer par le clickbait ? Par un modèle payant comme l’abonnement ? Ces problématiques sont fortement influencées par le comportement des internautes qui sont extrêmement frivoles et peu fidèles dans leur navigation sur le web.

 

“Chez Frenchweb, nous voulons que nos lecteurs prennent du plaisir à lire les médias” Carolina Tomaz.

 

Ayant eu lieu dans les locaux de l’EEMI, l’école européenne des métiers de l’internet, nous avons désiré savoir comment les rédactions recrutent dans les métiers du web. Ainsi, si vous êtes issu des métiers du web et que vous souhaitez vous lancer dans une carrière journalistique, sachez que vous avez plus de chance de succès si vous avez déjà des bases d’enquête journalistique, que vous êtes malléable, développeur ou commercial. Il s’agit d’ailleurs de nouveaux métiers, vous devez donc être capable de gérer un stress lié à cette nouveauté et avoir une forte envie d’apprendre. Inutile de vous dire que vous devez donc être volontaire, endurant, bon en français, et capable d’effectuer des analyses chiffrées, des synthèses. L’un des points qu’il paraît important de souligner également est : soyez capable de travailler voire d’évangéliser des quinquagénaires.

Les journalistes et l’IA

Pour finir, nous avons demandé à nos intervenant ce qu’ils pensaient de l’intelligence artificielle et de l’impact qu’elle pouvait avoir sur leurs métiers. L’IA leur permettrait donc de gagner du temps : c’est une innovation qui leur est bénéfique. Elle leur permet entre autre de trier l’information pour eux, ou même de traiter des informations à leur place (Léa Lejeune nous parle ici du logiciel Héliographe qui a, entre autres, servi de journaliste pour couvrir la coupe du monde de FootBall du Brésil, permettant à la rédaction de traiter des sujets ayant lieu au même moment). Toutefois cet équilibre n’est que temporaire ! Selon Laurent Alexandre, l’IA fera un jour 75% du travail des journalistes. Les tâches “basses” seront à bannir grâce à ces nouveaux process. Ainsi dans 15 ans le journalisme pourrait disparaître et l’un des moyens de faire face à l’intelligence artificielle sera de devenir storyteller.

 

Sur ces mots s’est clôturée notre table ronde. Nous remercions Léa Lejeune, Carolina Tomaz et Pierre-Yves Platini d’y avoir participé ainsi que Benoît Raphaël, qui a animé le workshop suivant cette conférence dans laquelle il nous a présenté son IA gratuite Flint, sur laquelle nous vous conseillons fortement de vous renseigner. Vous pouvez suivre ces personnes sur Twitter respectivement à @Lea_Lejeune, @carotomaz, @Pyplatini et @benoitraphael.

 

Pour conclure, voici une citation datant de 1776 de Thomas Jefferson, nord-américain indépendantiste  pour nous rappeler l’importance de la presse et ses enjeux : “Notre liberté dépend de la liberté de la presse, et elle ne saurait être limitée sans être perdue”.

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